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Les raisons de lire « La Colombie [sans Ingrid ni Pablo] » selon Christian Roinat

Colombia sin Ingrid ni Pablo PortadaTout commence comme dans la série télé Parlement (2020) : un jeune journaliste stagiaire accepte (imprudemment) d’aller interviewer des Colombiens de passage à Bruxelles, au parlement européen. Par une suite de hasards, lui qui ne connaissait de la Colombie que, très vaguement, les noms d’Ingrid Betancourt et de Pablo Escobar, se retrouve deux mois plus tard à Bogotá. Il s’appelle Cédric Rutter et, dès ses premières minutes après l’atterrissage, il voit s’effondrer la plupart des idées reçues qu’il croyait avoir sur le pays : le premier café bu sur place est déplorable, il fait froid et personne ne porte de poncho !

Invité par des Colombiens intervenant dans la rencontre de Bruxelles, la mission de Cédric Rutter consiste à faire connaitre aux Européens les activités de diverses ONG qui, dans les provinces, tentent d’aider des populations en souffrance et de défendre les victimes des autorités officielles autant que des guérilleros et des paramilitaires. Ce qui fait la force incomparable de ce témoignage (je préfère de beaucoup ce terme à celui de reportage), c’est que son regard est vierge de toute idée préconçue.

Dès sa première incursion sur le terrain, le jeune Européen est plongé au cœur des horreurs : violences venant de toutes parts, paysans innocents tués, torturés, « disparus », rapports étroits entre politiques, militaires, caïds de la drogue. Il se révèle être un excellent journaliste, posant les bonnes questions, faisant dire à ses interlocuteurs les bonnes informations, qui couvrent les années 1980 jusqu’à 2010, date de son voyage. Un bon nombre de photos prises en cours de voyage sont un très riche complément au texte.

Les paysans auxquels le groupe (correspondants locaux des ONG et intervenants extérieurs en quête d’information) rend visite, sont les victimes, on le sait d’avance. Mais de qui ? Ce qui les domine est tellement tentaculaire, souvent sans visage, pourtant on devine qu’au-delà de la nature elle-même, qui est tout sauf charitable sous ces latitudes), du manque d’éducation (elle est refusée par la capitale et les classes dirigeantes), ce n’est pas la fatalité qui commande, mais bien des êtres humains, qu’ils soient riches propriétaires ou hommes politiques, sans compter quelques noms connus : la famille Escobar, vient de se rendre propriétaire de terres et la vie des villages voisins change radicalement. Qui sont ces Escobar ? Des proches ou des parents éloignés de ceux de la drogue ? Voilà le genre de choses, très quotidiennes, que Cédric Rutter découvre et raconte.

Dans ce pays où tout se mêle, violence, politique, corruption, agression contre l’environnement, avec en premier lieu le problème de la distribution de l’eau, il arrive souvent qu’une question posée depuis des années trouve une réponse acceptable venue non d’un responsable mais plutôt d’un ou d’une anonyme, ce qui profite à l’auteur-découvreur comme au lecteur.

L’expérience de Cédric Rutter remonte à 2010, mais ce matin-même, un flash de France-info annonce que les violences contre les paysans de certaines régions de Colombie ont repris, si jamais elles se sont interrompues. D’ailleurs, un dernier chapitre du livre met en parallèle l’actualité de 2010 en Colombie et la nôtre. Une raison supplémentaire de lire La Colombie [sans Ingrid ni Pablo].

Christian Roinat America Nostra Nos Amériques blog littératureChristian Roinat, enseignant d’espagnol à la retraite, journaliste et auteur d’un blog consacré à la création littéraire en Amérique de langues espagnol et française pour inclure les Caraïbes : AnnA America Nostra / Nos Amériques

Source de la note de lecture.

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